Par Damien Pelé

 

Jusqu’à fin décembre, investir dans des sociétés non cotées permet une réduction d’impôt de 25 %. Une aubaine à ne pas rater tout en veillant à ses objectifs. Notre sélection.

Paradoxalement, malgré le recul du PIB et l’arrêt de certaines activités, 2020 sera une année faste pour investir au capital de certaines entreprises. Et il ne reste plus que quelques semaines pour profiter d’un coup de pouce exceptionnel : une réduction d’impôt offerte pour ceux qui investissent à leur capital. « L’économie d’impôt est passée de 18 % à 25 %. Et ne doit pas masquer l’autre avantage : investir dans l’économie réelle », résume Julien Wargny, dirigeant du cabinet de courtage et de gestion de patrimoine Fennas.

Un cadeau encadré…

Un décret du 7 août 2020 a en effet porté de 18 à 25 % la réduction d’impôt pour l’investissement dans des PME, après aval de la Commission européenne. Une aubaine pour les Fonds d’investissement de proximité (FIP) et les Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) qui proposent aux particuliers d’investir dans les PME pour profiter d’une réduction d’impôt jusqu’à 3 000 euros (6 000 euros pour un couple), en échange d’un blocage de l’épargne sur une durée de six à dix ans. « Le taux de 18 % était insuffisant pour proposer un produit intéressant pour les contribuables », estime Olivier Bourdelas, le président d’Inocap, qui commercialise un FCPI pour la première fois depuis deux ans.

Mais attention, la réduction d’impôt supplémentaire n’est, pour l’instant, prévue que pour les investissements effectués avant le 31 décembre 2020 (elle pourrait se prolonger en 2021 si la Commission européenne donne son accord) et elle ne s’appliquera pas de manière forfaitaire sur l’ensemble des sommes versées par le souscripteur, mais en proportion du quota d’investissements que le fonds s’engage à affecter aux sociétés éligibles.

… et un avantage modulé

De nombreux spécialistes ont donc décidé de n’investir que 80 ou 90 % de sociétés éligibles, quitte à rogner un peu l’économie d’impôt, pour se garder une marge de manœuvre. Car les conditions pour entrer dans le dispositif sont drastiques : taille, ancienneté, limitation géographique, contraintes d’innovation. « De plus, en investissant à 100 % en PME éligibles, le gérant du fonds se priverait de la capacité de réinvestir dans les entreprises qu’il accompagne pendant la durée de vie du fonds, explique Jean-David Haas, directeur général de NextStage AM. Or un réinvestissement peut parfois être nécessaire pour permettre à l’entreprise de se développer encore plus. » Chaque fonds affiche donc une réduction d’impôt adaptée à sa politique de gestion, qui oscille entre 18 et 25 % dans notre tableau.

« D’autre part, il y a des sociétés de gestion qui vont privilégier la recherche de performance absolue en investissant en actions d’entreprises en croissance, quand d’autres choisiront des entreprises plus mûres et plus rentables ou investiront en obligations pour assurer du rendement », détaille Eric Girault, le fondateur de Mes-placements.fr. L’épargnant doit donc sélectionner les fonds selon son tempérament et ses objectifs.

Des bilans disparates…

Attention cependant à ne pas se laisser aveugler par la seule réduction d’impôt. « Ce n’est pas parce qu’il y a un avantage fiscal que c’est un bon placement ! , rappelle un conseiller en gestion de patrimoine qui n’en propose plus à ses clients. Car le bilan est mitigé : si France Invest, l’association qui regroupe les professionnels du capital-investissement, annonce un rendement annuel moyen entre 8 et 12 % de cette classe d’actifs, les performances sont très disparates. Certains fonds ont même coûté plus qu’ils n’ont rapporté à leurs souscripteurs, à cause de frais élevés et de quelques faillites qui ont entraîné des moins-values très importantes, comme le fonds A Plus Planet 10 qui se retrouve en perte de… 85 % dix ans plus tard. Une perte bien supérieure à l’avantage fiscal. « Avec des frais annuels de 3,5 % par an, c’est déjà 28 % de performance sacrifiée au bout de huit ans ! », râle notre conseiller.

« L’avantage, c’est d’investir dans l’économie réelle. »

 Julien Wargny, fondateur du Cabinet Fennas.

… et une durée à surveiller

Pour éviter ces mésaventures, mieux vaut sélectionner avec soin le ou les fonds dans lesquels investir. D’abord, en étudiant l’historique de la société de gestion, qui reste un bon indicateur même s’il y a des variantes. La plupart de ces sociétés publient sur leur site la performance finale de leurs fonds déjà remboursés, en incluant ou non l’avantage fiscal.

Autre élément important à surveiller, la durée de remboursement, « car il faut bien avoir conscience des risques pris et que l’argent sera bloqué pendant toute la durée de l’investissement », avertit Eric Gi-rault. Si la durée minimale pour profiter de l’avantage fiscal est de cinq ans, les fonds ont une durée de vie initiale de six à huit ans, et qui peut être prolongé d’un à deux ans sur décision de la société de gestion. En effet, pour pouvoir restituer l’argent à ses clients, elle doit revendre ses lignes d’investissement, ce qui, du fait du peu de liquidité de ce marché, prend des mois, voire des années. Ensuite, les éventuelles plus-values (exonérées d’impôt, mais pas de prélèvements sociaux) doivent être partagées entre les souscripteurs.

Est-ce le bon moment pour investir dans des PME, alors que l’économie mondiale est à l’arrêt et qu’on anticipe une crise économique sévère ?

« Les phases de crise sont généralement d’excellents millésimes, car les gérants ont plus de choix : de meilleurs dossiers deviennent accessibles, les entreprises en profitent pour en racheter d’autres et accélérer leur croissance. Et puis, il faut être solidaires et soutenir les entreprises en ces temps difficiles », conclut Jean-David Haas.

« J’aide les entreprises et je diversifie mon capital »
Depuis 2002, j’investis tous les ans dans les FCPI. A l’époque, ça m’avait été présenté comme un moyen de diversifier mon patrimoine en investissant dans le non-coté mais aussi de soutenir les PME – un argument qui me plaisait beaucoup en tant qu’entrepreneur – et enfin de défiscaliser. Au fil du temps, j’ai investi dans les fonds de plusieurs sociétés de gestion, mais surtout chez NextStage, car je trouve que c’est, de loin, le gestionnaire le plus régulier en performances. Mes investissements ont une rentabilité de 4,5 % en moyenne, en fonction des cycles économiques, et autour de 7 à 8 % en incluant l’avantage fiscal. Je conseille d’investir un peu tous les ans plutôt qu’en une seule fois, car, en fonction de la conjoncture, il y a des millésimes meilleurs que d’autres et on ne les connaît bien sûr pas à l’avance !

A faire : Négocier les frais

Les frais de gestion des FCPI sont plus élevés que des fonds classiques, car ils nécessitent davantage de formalités administratives et de travail de recherche en amont. Mais les droits d’entrée, qui peuvent monter jusqu’à 5 %, peuvent être négociés avec votre intermédiaire, ce qui permet de réduire un peu la facture finale.

A ne pas faire : Investir en une fois

Comme pour tout investissement, la diversification permet de lisser le risque.

Les FCPI distribuent déjà le risque sur plusieurs entreprises, mais l’épargnant peut encore le réduire en sélectionnant plusieurs fonds. Il peut également répartir son investissement sur plusieurs années pour atténuer le risque cyclique.

Source : https://www.challenges.fr/patrimoine/placements/soutenir-les-pme-une-bonne-affaire_739329